Jacquot embrassa ses parents et sortit.
« Il faudra surveiller vos paroles, mon cher Julien. Cette conversation à propos du soldat l’a certainement troublé, et puis votre fou rire lui a peut-être fait peur. »
XLIII
Jacquot descendit dans le jardin et s’y promena quelques instants. M. Laurenty disait vrai : la nuit était douce. Toute noyée par l’éclat de la lune, elle semblait de verre, d’un verre magique, bleu pâle, fait d’argent, d’eau et d’azur, mais Jacquot, préoccupé par des soucis plus graves, ne regardait guère la nuit.
Tel autre jour, quel plaisir c’eût été de courir tout seul dans le jardin, à cette heure ! Aujourd’hui, Jacquot souffre trop. Tant de chagrins le tourmentent, si nombreux et si divers ! Il en reprend le compte, mais il ne pleurera pas : il est devenu un homme. Il se raidira. Il sera héroïque à la façon des gens dont on parle dans les livres. Pourtant, quand il pense à ces choses, il se sent bien peu de courage.
Jacquot va dans le petit bois. Il en connaît tous les détours. C’est un lieu choisi pour être malheureux. Les arbres noirs sont proches, sont familiers. Si l’on a peur de la nuit, il y a toujours une échappée de bleu où dort la mer immobile, où chantent des rayons d’argent.
Mais comment regarder tout cela quand on a tant de peine ?
Être consolé ! il voudrait être consolé ! il voudrait que l’on vînt effacer en lui ces images qui le harcèlent. Les arbres noirs font de leur mieux, mais qu’y peuvent-ils, les bons arbres noirs ? qui donc pourrait le consoler ?
Il ne peut aller vers sa mère, il n’oserait. Non point qu’elle soit toujours d’humeur acide, mais avec elle, « on ne sait jamais pour sûr », et Jacquot voudrait un abri dont il ne pût douter.
Son père ? Oh ! il n’y pense même pas ! Son père se montre souvent gentil, mais, comme Lucienne quand elle raconte une histoire, il ne sait pas. Il vint, un soir, à Jacquot cette idée absurde que M. Laurenty avait peur de lui !