Le jardin bleu n’était occupé que par le bruit d’une famille d’oiseaux, réveillée subitement au passage d’une chauve-souris. Ses membres s’interpellaient avec ardeur, et se plaignaient, et protestaient. Ils gazouillèrent encore quelque temps, puis s’endormirent de nouveau. On n’entendit plus alors que le chant de la mer, monotone, très doux et régulier, au pied de la falaise.

Les plates-bandes avaient un peu foncé, depuis une heure ; elles perdaient peu à peu leur ton verdâtre de turquoise, elles devenaient violettes et bleues, d’un bleu de saphir, tandis que les pins de la lisière du bois, noir de velours, maintenant, semblaient, contre le ciel où se couchait la lune et contre les rochers pâles, de très subtiles et japonaises découpures.

Mais le jardin restait toujours magique, délicieux par son détail et son ensemble, avec quelque chose d’ensorcelé et de charmant, d’une couleur de conte et d’un dessin d’estampe exotique. Que ce fût d’amour, de poésie ou de pays lointains, on eût rêvé là toute une nuit.

Sur la plage, un flot souple, tranquille et long, venait mouiller le sable, se retirait et revenait à petit bruit, en jouant avec le clair de lune. Il jouait avec le clair de lune ; il brassait des fragments de miroirs, devant la falaise rouge et triste qui le regardait.

A quelques pas de l’endroit où le vieux Pierre amarrait son bateau, il y avait un petit tas de choses grises que l’on voyait à peine, tout ramassé, tout humble, qui ne prenait presque pas de place. La pointe du flot parvenait juste à en toucher le bord, mais, quand il se retirait, on eût dit qu’il en ramenait chaque fois quelque chose de sombre, de liquide et de sombre, qui se perdait bientôt.

Là-haut, dans le jardin, quelqu’un criait :

« Jacquot ! Jacquot ! »

M. et Mme Laurenty étaient tous deux sur le perron de la villa.

« Ma chère ! cet enfant abuse des permissions qu’on lui donne.

— Où peut-il avoir passé ? Jacquot ! Jacquot ! »