Lucienne arrivait, comme toujours, en courant et tout essoufflée, les cheveux à l’aventure, son chapeau rose sur la nuque.

« Alors, Pierre, je m’en vais, dit Jacquot. Mais, demain, n’oubliez pas pour les pingouins ! »

Il laissa le vieux pêcheur à ses travaux et s’en fut. D’ailleurs, Pierre semblait tout à coup de fort mauvaise humeur, car il haussait les épaules et marmottait entre ses dents de vagues injures en patois.

X

« Bonjour, Jacquot ! dit Lucienne. C’était amusant, le cirque ? »

Ils montaient par le sentier de la douane, vers le bois de pins.

« Oh ! dit Jacquot, je vais te raconter ! »

Il avait mille choses à dire à son amie. D’abord, il la plaignit d’avoir été punie, la veille, à cause de cette coupe de Venise. Il voulut savoir les détails, les circonstances, l’heure et le lieu de l’accident, puis il la renseigna sur les événements du jour.

« Oh ! tu sais, Lucienne, eh bien, Papa est parti à onze heures pour Paris. Pascal lui a apporté une dépêche, ce matin, avec le café au lait. Il paraît qu’un monsieur est mort, là-bas ; alors, tu comprends, Papa, comme il est notaire, a dû partir tout de suite, à cause du testament et de l’argent, pour éviter un procès ; je n’ai pas bien compris, mais ça n’allait pas assez vite et il a presque manqué le train. On a crié ! On a crié ! Papa, Maman, tout le monde ! Oh la la ! Et le cirque ? Ah ! je vais te raconter ! Mais il ne faut pas qu’on nous dérange. Veux-tu que nous allions dans le hangar aux outils ? Nous serons tranquilles.

— Oui, oui, dit Lucienne, je veux bien. »