D’ailleurs, elle voulait toujours ce que voulait Jacquot.

Ils s’installèrent dans le hangar aux outils. C’était une cabane minuscule, fermée par une porte en treillage, capharnaüm bizarre où voisinaient des pots, des pelles, des pioches, des paniers. On s’y mettait fort à l’aise sur un tas de terreau, en se serrant un peu, et l’on y goûtait une très charmante impression de solitude, d’éloignement du monde, comme si l’on s’était trouvé au fond d’une grotte marine, d’une mine d’or ou de quelque endroit du même genre. Enfin, inappréciable avantage, par la porte de fil de fer, on pouvait surveiller les alentours. Banal comme cachette, le hangar aux outils restait un refuge merveilleux.

A Lucienne attentive, Jacquot décrivait les jeux du cirque. Ce fut très long, car il ne négligeait aucun détail et regrettait même de ne pas joindre, par manque de place, l’éloquence du geste à celle des paroles.

« … Et les trois petits chevaux noirs sautaient, l’un après l’autre, dans les cerceaux qui flambaient ; et, chaque fois, Alice poussait un cri et Paul haussait les épaules ! Oh ! tu te serais bien amusée !

— Oh ! oui ! » soupira Lucienne.

Maintenant, il allait lui expliquer le sujet de la pantomime de clowns qui terminait la représentation, mais une diversion se produisit. Mme Laurenty et le docteur Périer entraient dans le bois. Lucienne interrompit Jacquot.

« Jacquot ! regarde ! dit-elle, Papa et ta mère. Oh ! si tu veux, nous allons rester bien tranquilles, et puis nous sortirons quand ils seront tout près. »

Rapidement, Jacquot réfléchit. Une farce de ce genre risquait de le faire punir, mais puisque Lucienne s’en amusait !

Ils ne bougèrent pas, retenant leur souffle, serrés l’un contre l’autre dans la petite cabane étroite, et Lucienne avait pris la main de Jacquot, et Jacquot lui caressait les doigts, doucement.

Mme Laurenty et le docteur Périer s’étaient approchés. Ils s’arrêtèrent à dix pas de la cabane, silencieux tous deux. Mme Laurenty, les yeux baissés, faisait de petites lignes sur le sol avec la pointe de son ombrelle.