Il l’embrassa sur la joue.
« A demain ! »
Elle partit, toute triste, se croyant fautive, et, de cela, elle se consolait mal.
XI
Enfin ! Enfin ! Un instant de plus, il eût pleuré ! C’était horrible, cette gêne dont il ne devinait pas la cause ! Il voulait être seul. Pourtant, quelle douceur si quelqu’un l’avait consolé, quelqu’un de fort qui le prendrait dans ses bras, comme dans le temps, comme… Enfin, quelqu’un qui donnerait des raisons tout à fait claires ! Oh ! qu’il se sentait gêné ! Oh ! qu’il avait mal !
La tête basse, Jacquot suivait le petit sentier de la douane. Il se disait, maintenant, que son acte était impardonnable. Il avait écouté aux portes, en somme. Il avait écouté aux portes. Il ne discuterait pas l’accusation. Il l’acceptait. Considéré ainsi, le mystère s’éclaircissait un peu ; mais il n’oserait jamais avouer la faute ! Et pourtant, il fallait toujours avouer lorsqu’on était coupable ; ses parents le lui avaient dit ; M. Salvert le lui avait dit ; M. Salvert avait même expliqué la chose, longuement. Eh bien, non ! Il ne pourrait jamais ! Il se sentait bien trop honteux, inexcusable, en vérité ! Quant à Lucienne : elle n’y était pour rien, puisqu’elle n’écoutait pas et n’avait pas vu la scène. Jacquot portait, seul, tout le poids de la faute, et il pliait.
« Alors, monsieur Jacquot, on n’est plus bons amis ? dit une voix lente.
— Oh ! tiens ! ah ! bonjour, Leduc ! Je ne vous voyais pas ! Bonjour. »
Jacquot n’a pas vu Leduc. Il ne sait pas où il est lui-même. Comment a-t-il gagné cette terrasse où brûlait, avant-hier, le bûcher des chenilles ? Il ne sait pas ! Il ne sait plus !