Jacquot le suivait nonchalamment, le long des allées. M. Salvert s’assit sur un banc, au bord du bois de pins.
« Allez cueillir des fleurs, Jacquot ; celles que vous voudrez, et apportez-les-moi. »
Quelques instants plus tard, Jacquot revint, tenant une grande gerbe. Il la posa sur le banc, s’assit et, levant soudain un petit visage pâle dont la bouche instable révélait l’émotion :
« Monsieur Salvert, dit-il, je voudrais…
— Quoi donc, Jacquot ? Me poser une question ?
— Oui, c’est cela, monsieur Salvert, mais… »
Il y eut un long silence. L’enfant souffrait visiblement. Il avait rougi ; il baissait les yeux.
Pour l’engager à parler, Salvert reprit :
« Avant de poser une question, Jacquot, il faut bien se rendre compte de ce que l’on va demander. Comprenez-vous ? Je vous ai conseillé de toujours réfléchir, un instant, quand vous allez répondre. Il faut voir la phrase et la prononcer ensuite. Faites de même quand vous posez une question ; c’est la seule façon d’être clair. Allons, recueillez-vous, et parlez. »
Jacquot serra fortement ses petits poings l’un contre l’autre, puis les traits tendus par l’effort que lui coûtait son aveu :