Que de fois il avait rêvé d’une brusque passion, dramatique, absorbante et courte, pour une fille de ce pays ! Cela vécu, il pourrait vieillir en paix. Or il rencontra Mme Laurenty.

Ce furent d’abord des devoirs de voisinage, des assiduités auxquelles la jeune femme fit bon accueil. Elle devint sa maîtresse sans qu’il eût songé à l’aimer et, bientôt, il s’en crut épris. Dès lors, il refusa de rien examiner, il vécut au jour le jour, acceptant la situation telle que la lui donnait l’heure. Rompre, il n’y songeait pas. Hélène Laurenty, mécontente et délaissée, le chérissait sans doute ; il la plaignait, et leur liaison, connue à la suite d’une imprudence, devenait officielle. Peu lui importait que demain fût semblable à hier et qu’il n’eût rien à espérer d’aujourd’hui ! Le docteur Périer avait renoncé.

Dans ce médiocre bonheur, il trouva cependant quelque avantage. Près de Lucienne, rieuse et rose, il vit grandir Jacquot, plus grave, aussi charmant, qui lui plaisait par sa naïve sagesse, par ce regard un peu inquiet, un peu rêveur que les Laurenty ne voyaient pas. Son filleul… Jacquot était devenu son filleul. Parrain !… appellation commode.


Accoudé à la barre d’appui de sa fenêtre, le docteur Périer songeait aux jours passés en regardant la mer. Du jardin, montait un parfum de résine et de roses. Des pas firent grincer le sable. Jacquot cherchait Lucienne. Et, soudain, Périer eut grande envie de causer avec l’enfant, de l’embrasser, de se croire innocent de cette tristesse qui, parfois, assombrissait le clair visage.

« Jacquot ! »

Jacquot n’avait pas entendu ; il se mit à courir vers le bois de pins.

« Mais, plus tard ? songeait le docteur Périer, plus tard ?… »

XV

C’était une jolie fille brune, de taille mince, à la bouche un peu grande ; ses belles dents brillaient entre de très rouges lèvres. Elle aimait rire, elle savait sourire, elle était jeune, et, depuis quelques mois, il ne lui déplaisait point qu’un garçon la tînt dans ses bras, si les bras étaient vigoureux et le garçon plaisant.