Et Jacquot entre dans le bois de pins qui vraiment est très séduisant à cette heure. Dans les branches passe un bruit sourd, le bruit que l’on fait en parlant bas. Ce sont peut-être les oiseaux, ou bien la brise. Au pied de la falaise, la mer froisse les galets, mais on l’entend à peine, il faut prêter l’oreille. Jacquot ne pense plus à la souffrance de ses parents. Il s’est perdu dans la grande forêt. Là-bas, sur la montagne, il trouvera le condor dans son nid. Ne l’effarouchons pas ! le bel oiseau s’envolerait ! Un rat vient de passer ! Jacquot n’a pas crié, parce qu’il est brave, mais ce sont là, tout de même, des émotions bien désagréables. Où se trouve le camp des Indiens ? Il les verra danser, le tomahawk au poing. Oh ! les affreux visages couverts de peintures ! et ces plumes rouges ! ces verroteries ! Qu’il est doux de marcher dans un sentier que l’on ne voit guère ! Voilà une lanterne, celle du fort ; il faudra prendre garde de ne pas se heurter aux fils de fer de la clôture. Leduc doit être là. Jacquot va l’appeler, tout bas, tout bas ! On parle bas quand il fait sombre.
« Leduc ! Leduc ! c’est moi, Jacquot !
— C’est vous, monsieur Jacquot ! »
Jacquot s’approche. Qu’y a-t-il donc ? Il a surpris son ami Leduc, debout sur le bord du sentier de ronde, et qui pleure.
« Qu’avez-vous, Leduc ?
— Oh ! c’est rien, monsieur Jacquot.
— Vous avez du chagrin, Leduc !
— C’est rien, je vous dis, monsieur Jacquot ! Pardon, je suis un imbécile !
— Leduc ! il faut me raconter. Moi aussi, j’ai eu du chagrin, beaucoup ! souvent !
— Et j’aurais pas dû vous laisser voir que je pleurais.