Depuis deux semaines, Geoffroy Salvert était fort épris de Mlle Arlette Luce dont le fin profil et l’humeur folâtre l’avaient dès l’abord séduit. Elle jouait, tout récemment, une demi-douzaine de rôles dans la Revue du Casino, mais, la revue finie, elle ne songeait pas à regagner Paris, ayant trouvé à Toulon l’emploi de ses soirées pour quelque temps encore.
Geoffroy Salvert lui plaisait. Il savait parler aux femmes, il était beau garçon, ses manières n’avaient rien de la rondeur excessive ni de la cordialité bruyante qui la choquaient chez la plupart des Toulonnais. Il la traitait avec des égards délicats ; si chaleureuse que fût sa cour, il la lui fit avec un certain respect, tout en nuances, qui séduit toujours. Elle agréa donc ses hommages. Salvert prit goût à son commerce. La courte aventure devenait presque une habitude.
« Et voici, ma petite Arlette, lui dit-il en entrant chez elle, un sac des bonbons que vous aimez.
— Merci, mon petit Geoffroy, je vais les enfermer dans un tiroir pour que la bonne ne les mange pas, (elle est gourmande, cette fille !) et je m’en nourrirai demain, en pensant à vous. Vraiment, mon petit Geo, je vous aime bien, et ces bonbons-là, je les adore. Mais, tout de suite ! tout de suite ! écoutez-moi ! Je veux vous parler de choses graves.
— Ah ! mon Dieu, je devine ! vous avez cassé la plume de votre chapeau !
— Non ! Figurez-vous que je ne suis jamais allée aux gorges d’Ollioules. Il faut que vous m’y meniez !
— Ma petite Arlette, permettez-moi d’abord de reprendre haleine et de m’asseoir. Voilà ! Vous voulez voir les gorges d’Ollioules ?
— Oui… »
Elle fit une moue comique et reprit :
« En auto !