Animale et divine, humaine et forestière,

Long souffle modulé de la nature entière,

Cris des bêtes, soupirs des hommes et frissons

Des nymphes...

A l'entendre autrement, une interprétation mythologique de la nature devient un exercice parfaitement fâcheux, passe-temps de mandarin que les aspects du dehors n'émeuvent pas, ni la mer brillante de trop de rayons, ni le ciel semé de nuées, ni les plus neuves d'entre les fleurs, et qui s'amuse à façonner dans sa chambre de petits dieux en plâtre friable et froid, à l'imitation de l'antique.


Alors, qu'est-ce donc au juste qui charme si délicieusement dans ces récits et dans ces vers? Par quels artifices ces poètes les ont-ils faites si émouvantes, leurs narrations fabuleuses? Comment, en recueillant un genre que les maladroits avaient trop pratiqué, savent-ils nous tenir si attentifs? Simplement, ce sont de vrais poètes, ils croient à ce qu'ils disent, et, par l'accent de leurs paroles, par ce ton de sincérité qui emporte tout, nous nous laissons entraîner.

Car, à leur sentiment, les aventures de la fable figurent autre chose que des historiettes incertaines. Les hamadryades, la troupe des néréides, les satyreaux voleurs de nids et ceux que le désir appelle près de l'étang des nymphes, les sirènes ailées qui grelottent contre la plage ou s'ébattent sur des vagues chevelues, tous ces fantasques habitants des forêts et des flots, ils les sentent vivre, les entendent pleurer, chanter aussi, et, quand ils écoutent leurs discours, c'est avec la même foi que le plus pieux berger de l'Attique.

Voici un sonnet où Pierre Louÿs nous montre des jeux de faunesses; il faut assurément qu'il les ait vues de ses yeux pour savoir les décrire avec une si charmante aisance.

Deux faunesses, parmi l'ombre et les herbes bleues