Se cambrent, battent l'air de leurs pieds que prolongent
Les ombres et, pressant leurs mains sur leurs paupières,
Du sommet des rochers dans la cascade plongent.
Est-il étonnant, après cette évocation d'une fantaisie parfois espiègle et toujours si pleine de désinvolture, que les forêts se peuplent à nos yeux? Marchons un peu dans le sous-bois... Ressuscitées en leur très réelle exactitude du tas de cendres qu'avaient fait les gens ennuyeux et commentateurs, des formes se lèvent et fuient pour regagner le sein des sources claires et les taillis de lauriers.
Voici le bois sacré plein d'antiques rumeurs; un chèvre-pieds danse sur le tapis que lui tissa la lune, et les déesses qu'une écorce comprend agitent leurs mains rameuses à toute brise.
C'est à coup sûr une magique influence qui démaillotta ces momies déjà mélangées à la terre et dont la forme filait entre les doigts, c'est un puissant sortilège qui sut rendre la vie et la jeunesse à des corps exténués de vétusté, car le secret le plus rare est bien celui de faire surgir une apparence divine en nos jours que, vraiment, les dieux visitent peu.
Durant les années où l'on exploita fort cette vertu particulière: la sensibilité, ce fut un lieu commun de montrer la nature hostile à nos tristesses comme à nos appétits. C'en fut un autre de la peindre complice: deux figures d'une même fatuité. Devant les créations de sa pensée le poète ne veut point être humble; l'hamadryade qu'il voit dans le chêne devra s'occuper de lui, poète, et le faune qui fait vivre la clairière devra s'arrêter dans sa course pour le plaindre ou le consoler.
A en croire certains auteurs, les chênes se dresseraient sous leurs manteaux de lierre pour nous laisser entendre qu'ils sont impassibles, et, par là, nous insulter; les roses dispenseraient d'aimables parfums par malice volontaire et perverse, afin que notre conscience puisse mieux s'engourdir.