De plaisir trépignant et battant des talons.

Puis tout, soudainement, se tut, car Apollon,

Farouche et seul parmi les rires et les cris,

Silencieux, ne riait pas, ayant compris.

Voilà un poème que l'on relira chaque fois que la vie trop grise et son ennui nous feront désirer un beau rêve, non point une de ces choses vagues qui s'étirent, s'allongent et n'ont ni couleur ni contour, mais un beau rêve vivant et vif qui nous transporte dans un autre monde où les fruits sont plus savoureux, les ruisseaux d'un plus pur cristal et le ciel d'un meilleur azur.


Il est encore dans la Cité des eaux une partie dont je ne vous ai point parlé et qui, toute composée de poèmes lyriques, nous donne une image de la nature qui n'a point de rapport avec les deux que je viens de vous décrire... Et ne croyez pas que je puisse vous en dire grand'chose, car s'il est possible de disserter sur une méthode didactique où la nature est vue comme un jardin, sur une méthode fabuleuse où le faune paraît dans les buissons, et s'il est aisé de parler d'esthétique à ces propos, dès que le poète choisit, au lieu de considérer la nature sous un angle, de parler pour son propre compte, il n'y a plus à épiloguer. On doit se taire. On doit écouter.

Ces vers-là, le poète les tire du tréfonds de lui-même, et, si nous ne vivions en un temps malheureux et déplorable où l'on ne croit plus aux divinités, je dirais avec tous les gens de bon sens que ces vers-là sont nés sous le baiser des muses.

D'ailleurs, ils sont faciles à juger. Il ne s'en trouve point de passables. Ils sont beaux ou n'existent pas! C'est la valeur même de l'homme qui y paraît. Un poète doit s'apprécier au prix de ses vers lyriques.

Dans ceux d'Henri de Régnier, nous voyons la nature vivre et palpiter, l'oiseau chanter, le forêt bruire. Et vraiment nous ne pensons guère à demander quelle est l'origine et quel est au juste le caractère de la profonde émotion, de la mâle beauté qui se dégage d'un poème tel que celui-ci: