Je t'indiquerai plus d'apparences nouvelles que tu n'as de bijoux sur ta chair, et, près des fortifications disposées en une architecture de stratégie, un vire-vire, posé sur l'herbe luisante comme une émeraude inondée, te présentera son cercle de chevaux de bois qui se désolent, fatidiques et hargneux.
Il y aura aussi des cheminées sans panache et des chalands, qui, poussant l'eau de leur robuste poitrine, paraîtront toujours suivre la même vague... et peut-être plaira-t-il à une promeneuse rêvant d'amour, malgré l'averse, de tenter une vocalise qui frissonnera dans l'air mouillé, délicieusement.
La chanson déploie sa dentelle, la chanson rit, et, parce que les heures joyeuses ont leurs mauvaises minutes, nous nous sentirons, à travers la pluie, flattés soudain par un souffle étrange, par un souffle épanché de cet invisible éventail qui t'éventera, un jour, jusqu'à t'incliner vers une tombe.
Et j'imaginerai des aventures merveilleuses que l'on pourrait, avec un peu de patience, habiller de belles phrases.—Toi, tu ne t'imagineras rien du tout, tu ouvriras tes grands yeux, et je me demanderai si, vraiment, quelque chose de rouge palpite dans ce corps que je t'ai appris à secouer pour mon plaisir.
Mais j'oublie qu'une lune africaine nous éclaire. Tu viens de me toucher le bras. Vas-tu m'avouer ta flamme? Non: tu crois avoir un caprice. Tu veux rentrer, et, cependant, comme je l'ai dit au seuil de ce poème, tu baignes encore tes pieds nus dans la nuit de l'eau, dans l'ombre aquatique et froide.
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LE SOMBRE VISAGE
Pour mieux se plaire à vivre, pour vivre plus vite, les hommes se réunissent, un temps. Ils se réunissent quelques heures pour danser au soleil, pour changer de monarque, pour écouter une voix de femme, puis, ils rentrent chez eux. Mais, s'ils restent réunis, s'ils ne se quittent plus, si le même toit les abrite, c'est pour considérer le visage de la mort.