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LA CONNAISSANCE DE DIEU

C'était un soir des temps à venir.

L'homme avait, depuis des siècles, conquis les flots de la mer, asservi les courants du ciel, fait résonner de sa voix les plus profondes cavernes et déchiré la robe, réputée intangible, des flammes toujours mouvantes.—Voici qu'il entreprenait de connaître Dieu.

Or Simon, tenu pour le plus sage d'entre les sages, s'était arrêté, un instant, dans sa recherche et regardait le chemin parcouru depuis que, petit enfant, il balbutiait les premières sciences, avant de s'endormir sous le regard des constellations.—Il touchait au but que s'était proposé la nature humaine, et, saisi par une façon de lâcheté métaphysique, il voulait retarder encore ce geste qui dévoilerait l'inconnaissable.

Le Temps pouvait briser son attribut, la faux, ancien effroi de l'homme, et retenir la minute prête à prendre son vol, car Simon allait forcer le coffret du rêve où Dieu se tient enclos.—Il hésitait cependant.

Par la fenêtre ouverte, il pouvait voir une prairie que la lune rendait blanche et quelques beaux arbres qui échangeaient des murmures.

La plainte monotone d'un oiseau de nuit passait et repassait, sans qu'on vît l'oiseau.