Et le svelte Arlequin se tut.

Venait ensuite la fille de l'Herboriste. Son humeur paraissait tragique. Elle avait le teint pâle et l'œil noir. Sa robe tombait en lambeaux. Parfois, elle arrachait un de ses haillons et s'en défaisait, avec un beau geste. Tout en marchant d'un pas saccadé, la fille de l'herboriste disait à mi-voix:

«Je l'avais nourri de mon lait! Je l'avais soigné mieux qu'un fils de prince! Il ressemblait à Scaramouche comme une étoile ressemble à une autre étoile, et je l'aimais parce qu'il m'avait fait souffrir autant que son père!... Et c'est alors que j'ai vu Scaramouche embrasser la princesse Ariane, derrière un des bosquets du parc... Ah! Ah! il l'embrassait à pleines lèvres!... Mais j'ai pris l'enfant et je lui ai serré le cou jusqu'au moment où la petite figure est devenue bleue... et puis je l'ai jeté au fond de la mare... Maintenant, c'est fini!... Ah! Ah! il l'embrassait à pleines lèvres!... et je crois qu'elle lui suçait la langue... Oh!... Oh! les gendarmes!»

Et la fille de l'herboriste s'enfuit.

Venait ensuite le coiffeur de la marquise.

Il se souriait à lui-même et, de ses longs doigts de violoniste ou de tricheur au jeu, édifiait, en rêve, toute une architecture capillaire. Il portait douze peignes dans ses cheveux et un bâton de cosmétique derrière l'oreille.

«Cette coque tombera, disait-il, mais je la retiens par ce ruban céladon; cette mèche blonde, je la tords et la relève avec une fleur; pour la frisure, elle aura l'air léger d'une écume, et ces boucles... ces boucles...»

Il était parti.

Venait ensuite Polichinelle.

Il songeait tout haut, en secouant ses deux bosses chamarrées, mais ses paroles n'avaient aucun sens. De temps en temps, on percevait bien le nom d'une sauce, d'un plat, d'un fruit succulent, d'une liqueur... puis, plus rien, rien qu'une vague rumination.