C'était un soir de jadis où la nature conspirait. Les bouleaux, qui sont fils de la lune, et les saules, qui sont des coffrets d'ombre, et les pierres, dont j'entends bien les murmures, tramaient de secrètes choses.
Leurs petites paroles couraient avec le ruisseau, volaient sur la brise, sautaient de ci, de là, suivant les sauts d'un feu follet, tandis que certaines passaient dans l'herbe, en tapinois.
Bientôt, tout fut conclu: l'herbe forma des lacs d'amour, le feu follet brûla comme le cœur d'un amant, la brise se chargea de parfums si subtils qu'on se pâmait à les prendre en soi, et le ruisseau polit ses ondes pour être le miroir d'une flamme couronnée.
Les bouleaux, qui sont fils de la lune, secouèrent leurs feuilles, et l'on eût dit qu'ils offraient des richesses; les saules, en leurs coffrets, gardaient des joyaux sans prix, et les pierres se couvrirent de leurs manteaux de mousse pour ne risquer plus qu'un œil pâle, un œil pâle et doux.
C'est alors que la princesse de Golconde sortit de son palais et congédia ses suivantes, car elle voulait se promener seule, ce soir-là, dans le parc où descendait une pénombre poétique.
Elle rêvait aux choses dont parlent les ballades, aux chevaliers beaux comme le jour et que des cygnes traînent, aux aventures en pays lointain, aux caresses enfin, longtemps attendues, aux caresses surtout.
Le prince de Bagdad se tenait non loin de là, sous la protection d'un orme, opulent par sa frondaison et vénérable par le nombre de ses années. Le prince était un jeune homme de haut parage, de vertu souveraine et d'une éducation tout à fait bien comprise.
Il s'en fallut de peu que son cœur se rompît lorsque, dans la lumière du soir, la princesse apparut. Le prince de Bagdad souffrait en effet d'une blessure d'amour sanglante et profonde, mais, comme il avait résolu de gagner la princesse par son seul mérite, il portait un costume qui, tout précieux qu'il fût, n'en imitait pas moins les oripeaux, guenilles et pauvres hardes d'un mendiant espagnol.
Affublé de cette défroque étrange, il se présenta.
La princesse de Golconde abaissa son regard et, au même instant, les pierres, l'herbe, les saules, les bouleaux, la brise et le feu follet tâchèrent de faire comprendre à la jeune fille la qualité singulière de ce jeune homme survenu; mais elle ne devina point la vertu sous son vêtement d'emprunt, ni l'amour sous le masque.—Elle passa, et, bien que le bouleau lui tendît une de ses feuilles, qui semblait une pièce d'argent, elle ne fit même point l'aumône à ce pauvre qui la suppliait.