Le prince mourut de désespoir, et la princesse, quand le vrai personnage du mendiant lui fut révélé, creva de dépit; ce qui prouve qu'un amant doit toujours paraître en son plus bel appareil aux yeux de celle qu'il prétend séduire, et qu'une jeune fille doit toujours agréer un hommage, quel qu'il soit, voire y répondre discrètement, de peur d'en repousser un, par aventure, inestimable.

C'était un soir de jadis.


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CLÉONICE

Cléonice n'a ni intelligence, ni cœur, ni esprit, ni bonté. Elle n'a pu être épouse, maîtresse ni mère, bien qu'elle ait fait tous les gestes de ces rôles, car elle a un mari, un amant et un fils.—Elle n'existe que devant trois ou quatre personnes. Laissée seule, elle devient une ombre, moins que cela: une valeur négative. On dirait que ses spectateurs lui insufflent de la vie. Quand ils la quittent, elle crève, comme une bulle.—Elle ne sait pas aimer; à peine sait-elle haïr: d'ailleurs, sa haine a pauvre figure et semble mal venue. Cléonice médit, mais n'accuse pas; accuser serait affirmer son personnage, or elle n'est pas un personnage, elle en joue le rôle.—Belle, un peu fardée, souriante, merveilleusement vêtue, Cléonice n'a pourtant rien d'une femme; elle n'est pas une femme...

Cléonice est une «femme du monde».