« Louis, apportez les fleurs que j'ai mises dans un bol à l'office. »
Il disposa quelques roses rouges sur la cheminée du salon, d'autres, jaune et safran, sur son bureau et ouvrit la fenêtre, trouvant qu'il restait dans la pièce un relent de fumée un peu âcre.
Penché sur la barre d'appui, Jacques Damien considérait la rue, les façades des maisons, les sommets d'arbres d'un square qui pointaient au-dessus des toits gris. Il tâchait de vivre dans l'instant présent ; il se refusait à regarder l'heure échue ; il s'obligeait à trouver un intérêt pittoresque aux ébats de ce chien qui parcourait un balcon, jappant menu, à ce gamin pressé, criant les journaux du soir, aux voitures qui passaient, aux lointains d'air où tournaient des oiseaux et que bleuissait le crépuscule, mais l'ombre moite de ce jour d'automne apportait, quoi qu'il en eût, sa mélancolie. Soudain, il aperçut une silhouette chère traversant la chaussée. Il lui fit un geste d'accueil, ferma la fenêtre et courut ouvrir la porte d'entrée. L'ascenseur haleta quelques instants.
« Maman, c'est vraiment gentil d'être venue me voir. Donne-moi ce petit sac qui ne te sert de rien, enlève ton manteau, embrasse ton fils et permets qu'il te fasse les honneurs. »
Une demi-heure plus tard, Mme Damien, assise sur le divan, causait avec Jacques qui lui servait une tasse de thé.
« Je crois t'avoir tout montré, dit-il. Eh bien! franchement, que penses-tu de mon réduit?
— Ton réduit, d'ailleurs assez vaste, est arrangé de façon charmante, mon ami, et je t'en félicite… »
Un sourire moqueur courut sur ses lèvres ; elle reprit :
« Il est même assez pratique, et je m'étonne, grand fantaisiste, que tu aies songé à lui assurer cette qualité-là. Je prends note de quelques petites choses qui te manquent.
— Maman chérie, tu es trop bonne! A ce propos… j'aurais bien besoin d'un supplément de coussins pour ce divan. Ne te paraît-il pas un peu nu? »