— Parle, d'abord…

— Tu penses que je plaisantais? Je ne plaisante pas. Tu sais bien, Maman, que je déteste te voir ainsi vêtue! Voyons! Avec cette robe noire, on dirait que tu as plus de cinquante ans!

— Je n'en suis pas si loin, Jacques! J'en ai quarante-sept!

— C'est pas vrai! Tu as trente-cinq ans, tout juste! J'imagine mal comment tu t'es arrangée pour te procurer un fils de mon âge, mais tu as trente-cinq ans, cela est sûr… et tu joues à la vieille dame! Ecoute-moi : est-ce raisonnable? Tu serais en grand deuil que tu ne t'habillerais pas autrement!… Il y a tout de même de longues années que papa est mort!

— Tais-toi, mon petit! C'est aujourd'hui, précisément, le jour anniversaire de sa mort, et je reviens du cimetière.

— Ah!… Oh! pardon, Maman!… Mais, tu sais que j'aime à te voir vêtue selon ton âge apparent et dans un tout autre style. N'importe! J'ai fait une gaffe cruelle et m'en excuse.

— Embrasse-moi… »

Il se pencha. De nouveau, elle le regarda avec attention, puis se pinça les lèvres, comme pour retenir un sanglot.

« A mon tour, j'avais quelques reproches…

— Non, non, dit Jacques précipitamment. Pas aujourd'hui! Pas pour ta première visite! Et puis, j'ai mal dormi, très mal ; je ne veux rien entendre de désagréable. Maman chérie, je m'y refuse!