— Alors, dit-elle, viens te coucher ici, mets ta tête sur mes genoux et repose-toi. Reste tranquille, ne bouge pas, ne parle pas. »

Sans souffler mot, il obéit. Il se laissait aller à sa persistante fatigue ; il ne réagissait plus : il se sentait si faible! il laissait sa mère lui caresser le front… Un quart d'heure après, il s'endormait encore.

Du temps passa. Mme Damien regardait son fils. Elle aussi s'était retenue pendant cette visite. Maintenant, elle pouvait oublier sa contrainte, et le beau visage immobile, aux traits fermés, à la bouche vivante et volontaire, aux yeux sombres, montrait toute sa douleur.

Elle glissa enfin deux coussins sous la tête du dormeur et s'échappa, légère. Avant de soulever le rideau rouge, elle se retourna. Un sourire courba ses lèvres quand elle vit, sur le divan, cette figure nue, si apaisée, ce front si large, sous les cheveux blonds en désordre, cette bouche entr'ouverte par le sommeil, et ces yeux clos.

Dans l'antichambre, elle rencontra Gautier Brune qui venait d'arriver. — Ils causèrent quelques instants, debout.

« Oui, dit Gautier, ces insomnies l'éreintent. Je voulais qu'il se reposât, mais, puisque c'est fait, il me semble qu'il n'y a nul danger à ce que Jacques passe une partie de la nuit dehors. D'ailleurs, il y tient beaucoup. Je dirai à Louis de le laisser dormir tard, demain. Ne craignez rien, je veillerai sur lui. Je n'ai pas à vous répéter, n'est-ce pas, Madame, que je l'aime bien?

— Je le sais, mon ami. Vous le prouvez assez… Au revoir! »

Elle s'en fut, et Gautier entra dans le salon.

CHAPITRE III
AU RESTAURANT

Un petit restaurant du quai de la Tournelle. La salle un peu basse, mais point encombrée ; des garçons propres, méticuleux, aux gestes précis ; leurs visages graves et fermés semblent consignataires d'un secret d'importance. Près d'une fenêtre de coin, Jacques Damien et Gautier Brune achèvent leur repas.