CHAPITRE XVIII
JOURS SOMBRES

« Vraiment, Marguerite, je t'en ai presque voulu de m'avoir laissé seul pendant ces trois longs jours. Quand je rentrais chez moi pour quelques instants, il m'aurait été si doux de t'y trouver!

— Jacques! s'écria-t-elle, j'ai toujours peur de me mêler de ce qui ne me regarde pas! Tu es trop bon pour moi, tu fais attention à tant de petits détails! Je ne saurais te dire merci comme je voudrais, alors, j'essaie seulement de rester à ma place.

— Je te comprends mal, mon enfant… Ton ami a du chagrin ; il se sent plus seul que jamais ; pourquoi ne viens-tu pas le consoler un peu?

— C'est difficile à expliquer ; il faut que tu m'aides, Jacques : il me semblait… j'ai cru… Mon chéri, vois-tu, il y a des choses qu'on aime mieux garder là, dans le cœur… et une femme comme moi… oui, j'avais déjà honte, avant ce grand malheur, de te demander des nouvelles de ta mère.

— Tu es une sotte! dit-il avec un sourire, après l'avoir embrassée tendrement. Ne recommence pas : tu te ferais gronder, ma douce amie.

— Et puis, j'avais des nouvelles, deux fois par jour. Oui, j'allais voir Gautier ; il m'a permis. J'ai été si heureuse, avant-hier, lorsque j'ai su que, peut-être, elle pourrait bouger! J'y pensais tout le temps, et hier, en sortant de chez notre ami, je pleurais dans la rue, comme une bête : il venait de me dire que rien n'était changé. Mon pauvre Jacques! ces coups de sang, c'est terrible!

— Je t'aime bien, Marguerite. »

Il était très ému et, par hasard, le laissait paraître. — Elle se blottit dans ses bras.

« Oui, ma pauvre gosse, lui disait-il à voix basse, nous ne gardons plus guère d'espoir, cela durera quelque temps encore, et puis, un jour… »