Le soleil baissait, mais la joie d'un beau jour animait encore l'avenue et les groupes pressés des buveurs. Chapeaux fleuris, robes claires, bruits de voix, bruits de rires… Gautier cherche des yeux son ami. Il l'aperçoit enfin, non loin, attablé près de Marguerite. Soudain, il n'ose plus s'approcher.

Damien cause, souriant de façon plus tendre que narquoise, et Marguerite sourit aussi. Il y a là de la paix et du bonheur : une douce paresse chez l'homme, un peu renversé dans son fauteuil de paille et qui jouit de l'heure tiède, un air de sécurité, de confiance dans le regard de la jeune femme levé vers le visage de l'amant aimé.

Non, Gautier Brune n'ose pas s'approcher, n'ose pas appeler.

Jacques se tait. Il repose ses yeux sur Marguerite, amicalement, amoureusement, le corps détendu, la bouche ravie.

« Qu'ils sont heureux! Allons… il le faut! »

Mais Gautier ne peut former sur ses lèvres les quelques syllabes qui attireraient l'attention de Jacques.

« Laurent, dit-il à un garçon, avertissez M. Damien qui est assis à gauche de la porte, là, près de cette dame en beige, qu'un de ses amis demande à lui parler tout de suite. »

Damien se faufile entre les tables, l'air intrigué.

« Toi! s'écrie-t-il en apercevant Brune.

— Viens vite! répondit Gautier d'une voix difficile ; viens, suis-moi! »