Soudain, un souvenir vint le troubler. Il s'imaginait dans son bureau, devant une autre statue immobile qui le regardait et qui, peut-être, ne le voyait pas… Oh! cette pluie qui battait les vitres sans répit! oh! ces gémissements du vent, si lamentables!
Il alla s'asseoir plus près de sa mère ; il eût désiré s'asseoir à ses pieds mêmes, poser sa tête sur les genoux raidis ; il n'osait pas. Il se rapprocha encore, lentement ; il s'accroupit près du fauteuil :
« Maman, protège-moi! » dit-il.
Enfin Jacques s'assit aux pieds de sa mère, comme il voulait, tout près ; contre les genoux de sa mère, il appuya sa tête et ne bougea plus, balbutiant parfois de vagues choses, écoutant passer les minutes, sourd désormais au bruit du vent et de la pluie, ne pensant à rien, paisible, protégé.
Une demi-heure plus tard, il se leva et sortit après avoir appelé la femme de chambre.
Comme il rentrait dans son bureau, il y trouva Gautier.
« Tiens! que fais-tu là? dit-il ; je te croyais chez toi! »
Gautier répondit à voix basse :
« En passant, je suis monté pour dire bonjour à Marguerite ; tu m'avais prié de la mettre en voiture. Je l'ai surprise, couchée à terre, évanouie devant ton Christ. Pendant tout le temps que nous avons été chez ta mère, elle priait ici, sans arrêt, à genoux. Son état m'a paru inquiétant ; l'émotion l'avait brisée. Je l'ai grondée d'importance! Et puis, je n'ai pas voulu qu'elle rentrât chez elle, ce soir. Je suis resté et l'ai priée de se coucher. Elle s'est assoupie presque aussitôt. Elle dort. Nous pourrons, je pense, la réveiller pour dîner.
— Oh! la pauvre fille! dit Jacques. Comme tu as bien fait de la retenir! Viens dans le salon, veux-tu? de ce côté, la cloison est si mince! »