« Je dois disparaître. »
Tout à coup, il se remit à penser à la propriété de M. Sandgate, parce qu'il avait promis une réponse à cet homme et devait la fournir. Bientôt, l'idée s'imposa, inopinée, un peu ridicule mais insistante, et, brochant sur elle, une autre idée surgit, encore plus inattendue, tout à fait nouvelle, obscure encore, belle néanmoins en sa dure sévérité, et qui réunit, fixa, mit en œuvre toute l'attention de Jacques.
« J'irai voir M. Sandgate. Je lui dirai : « Monsieur Sandgate, il faut que je fasse une randonnée lointaine. De votre côté, vous accommoderiez-vous d'un compagnon de voyage qui tâcherait de n'être point gênant, voire de se montrer utile, puisque l'art persan et les fouilles que l'on fit là-bas lui sont connus et qu'il a, secrétaire au Musée, écrit diverses études traitant de ce sujet, spécialement des faïences? » Si M. Sandgate est un peu déraisonnable, il y songera, il discutera de questions pratiques ; s'il a perdu le sens commun, il finira par accepter… L'espoir est mince, pourtant, je vois un espoir. »
Quel qu'il soit, absurde, sage, proche ou lointain, un espoir apporte toujours son mystérieux bénéfice. Jacques ne ressentait plus cette même angoisse déprimante, vraiment insupportable ; il n'était que triste, profondément.
La nuit s'écoulait avec lenteur dans l'atmosphère enfumée de ce bureau. On y respirait mal.
« Allons! se dit Damien, il convient de présumer que M. Sandgate est non seulement un peu déraisonnable, mais qu'il a perdu le sens commun, et d'agir en conséquence, dès maintenant. »
Il sortit de son classeur une feuille de papier à lettres. Il médita longuement sur ce qu'il devait écrire. Une demi-heure plus tard, la page restait encore blanche ; déjà les yeux de Jacques étaient lourds de larmes.
Enfin, il entreprit sa tâche.
CHAPITRE XXV
LE BEAU LAURIER
« Ma douce amie,
« Ecoute-moi, bien que j'aie des choses terribles à te dire. Je n'aurais jamais osé, de vive voix, sous le regard de tes chers yeux aimés. Peut-être suis-je venu à Paris surtout pour trouver du courage, le courage cruel dont j'ai besoin en ce moment.
« Je vais partir, ma douce amie, pour très loin, pour si longtemps! Je pense faire un voyage d'études en Perse, presque une exploration. Cela durera huit ou dix mois… un an?… je ne sais. Il suffit que je te quitte pour avoir le cœur désolé. Mais il faut que je parte! Je dois te quitter. »