« Donne. C'est un cadeau que je te fais. »

Elle cassa les ficelles d'une main un peu nerveuse.

« Voici le Christ de ta grand'mère, dont je t'avais parlé. Je le verrais volontiers accroché au-dessus de ton lit. Il te revient de droit, puisque je ne sais pas l'adorer.

— Oh! qu'il est beau! s'écria Jacques. Qu'il est donc beau! Toute la douleur du monde… Ah! comme il souffre! »

Il l'accota contre la glace de la cheminée et se prit à l'admirer.

« Qu'il est beau! » murmurait-il toujours.

Sur une croix de bois sombre, un grand Christ, sculpté en vieil ivoire, se tordait. L'angoisse physique paraissait dans tous ses muscles jaunes, labourés par la douleur, mais la face, dorée de soleil couchant, exprimait une extase sereine qui ne touchait plus au monde. Cette sculpture n'était pas seulement l'œuvre puissante et passionnée d'un artiste, mais aussi un acte de foi.

« Mon crucifix te rappellera tes devoirs mieux que personne, dit madame Damien. Puisque tu n'habites plus chez moi, je lui laisse ce soin. Enfin, je compte encore sur lui pour me conserver mes entrées dans ta garçonnière. Ainsi, l'on n'y dépassera jamais, je pense, un certain point de liberté et, sans te gêner, j'y pourrai venir, de temps en temps. Où vas-tu le placer? »

Jacques mena sa mère dans la chambre à coucher.

« Tiens, regarde. Ce clou soutenait un tableau certainement plus lourd. »