— Maman chérie, tu es étrange, vraiment. Je t'admire et je t'aime chaque jour davantage, et chaque jour je te suis plus reconnaissant, mais tu m'étonnes.

— Pourquoi donc? Parce que je veux que chacun fasse honnêtement usage des moyens qui lui conviennent? J'ai soigné ton père, je t'ai soigné, en prenant avec le plus de discernement possible l'avis des médecins, suivant une méthode humaine où je pouvais servir. Ma santé n'a jamais faibli ; la besogne me fut par conséquent facilitée ; oui, j'ai bien dit la « besogne » : les grands mots n'ont rien à voir ici. Mais, dans ton cas, la question se pose autrement. Le mal dont tu souffres, c'est en toi que tu le trouves : tu deviens, pour ainsi dire, ton propre médecin. Je pensais : « Il se soignera par toutes les méthodes auxquelles il ajoute foi, et, puisqu'il est croyant, son Dieu lui fournit la meilleure de toutes : la prière. » Je t'ai dit, Jacques, ma douleur lorsque je vis que ta santé se gâtait ; je t'ai caché, jusqu'à présent, ma surprise et mon chagrin quand je m'aperçus que tu allais moins régulièrement à la messe, que tu oubliais tes devoirs religieux, que tu les passais sous silence, que tu ne communiais plus.

— Tu te figures donc, Maman, que je n'ai pas prié?

— Mon petit, c'est alors que tu as mal prié, car je pense qu'une prière fervente t'aurait, en tous cas, donné confiance et courage.

— Eh bien, oui! je l'avoue, je me suis révolté! J'ai cru que cette force que Dieu donne à ceux qui l'implorent devait me revenir et, quand je me suis vu si faible, j'ai…

— Jacques! ce n'est pas à moi que tu dois dire ces choses…

— Tu as raison, Maman. »

Ils étaient émus tous les deux ; quelques instants, ils ne parlèrent plus. Brusquement, Mme Damien reprit :

« Va me chercher l'objet que j'avais apporté en arrivant. Je l'ai posé sur la table de l'antichambre. »

Et, quand son fils rentra :