— Je sais pas! dit-elle, d'une voix soudain mince et pauvre. Je sais pas! je m'ennuie, et je m'ennuie aussi beaucoup après le pays. Je connais des gens à Paris, trois ou quatre ; c'est comme si je connaissais personne. Ils ont un métier, chacun, et moi, c'est pas un métier! Dieu me pardonne! voyons, Monsieur, c'est pas un métier! Je sais travailler, je sais coudre, mais tout le monde sait ça. On n'en veut pas, des filles pour la couture, sauf pour le très fin, et alors mes yeux me font mal… ou bien j'ai pas su trouver! Et puis, mon amie, la nourrice, va rentrer au pays quand ça sera fini, son lait… Moi aussi, pour dormir, ça sera fini! Et on m'a dit que le mieux c'était d'entrer dans une maison, mais je suis pas assez jolie, et là, peut-être… la même chose… je saurais pas!

— Voyons! pensa Damien, tu ne vas pas aller t'attendrir! »

Il se leva.

« Je rentre. Veux-tu que nous fassions quelques pas ensemble?

— Oh! oui! » dit-elle.

En tournant dans l'avenue d'Antin, ils furent éclairés. — Jacques la regarda.

« Elle n'est pas jolie, en effet, mais singulière pourtant, très singulière, avec ses grands yeux et cette bouche vibrante. »

Il sourit encore, voyant le petit chapeau qui tremblait. — Elle surprit le regard.

« Mon chapeau… je vais te dire… j'ai beaucoup de cheveux, et alors, quand ils sont secs, c'est pas commode, ça ne tient pas, surtout à la fin de la journée, et pour se recoiffer, c'est toute une histoire! »

Jacques se pencha vers elle.