Puis il se reprend à rêver, car il trouve le rêve bien doux. — Auprès de cette amie, l'appartement où il a tant souffert deviendrait un refuge délicieux. Les heures passeraient, égales et lentes, sans ennui, sans orages, heures de travail, heures de loisir, heures de tendresse, de silence…
« Et, se dit-il (ce serait là le vrai nom pour elle), je l'appellerais : douce amie. »
Il ne bouge pas ; il songe. Parfois, un sourire courbe ses lèvres : il se moque de lui-même encore une fois, par habitude. Un murmure l'interrompt :
« Pourquoi riez-vous, Jacques?… oh! pardon! je vous ai fait peur.
— Mais non, ma petite ; je te regardais dormir, tout à l'heure, et puis je me suis mis à rêver. Tu as de beaux cheveux, Marguerite. »
Elle s'étirait, se frottait les yeux, admirait la dentelle de sa chemise.
« J'en ai beaucoup ; c'est gênant. Que j'ai bien dormi! Votre lit est si bon! On y resterait tout un jour.
— Tout un jour dans mon lit, se dit Jacques ; ah! non, par exemple!… Veux-tu du chocolat? demanda-t-il.
— Volontiers, si ça ne dérange pas, mais vous me gâtez encore! Je vais me lever.
— Attends un instant, ma gosse, puisque le lit est bon. »