La chair rugueuse, les tempes moites, Sylvius bégaya :

« Comment… comment savez-vous mon nom ? Comment devinez-vous ce que…

— Comment je sais vos sentiments les plus intimes ?… Ecoutez !… »

Elle tendit ses maigres doigts vers les yeux de Sylvius et dit :

« Quelque chose des récentes pensées reste toujours dans les prunelles. Au miroir des vôtres, j’ai pu voir des joies et des chagrins encore manifestes. Les accidents du jour, c’est la nuit qui les efface ; pardonnez-moi de les avoir surpris avant que le sommeil ne les eût dégagés de vos yeux… et d’avoir aussi deviné votre nom : tout mortel porte le sien écrit sur son visage.

— Mais… qui êtes-vous donc ? murmura Sylvius en un soupir rauque.

— Marchande, mon ami, je suis marchande d’amours, et même j’oublie, à causer avec vous, les devoirs de ma profession. »

Elle recula de quelques pas dans la rue et chanta :

« Qui veut des amours ? des amours tout frais ? Qui veut des amours ? »

On eût dit que, dans un bois, une flûte préludait. En outre, la mystérieuse musique qui planait au-dessus de la vieille se fit plus forte. On y distinguait maintenant le son de diverses petites voix. — Sylvius tomba dans un fauteuil et se mit à pleurer d’épouvante. Il ne pouvait détacher son regard de la figure étrange de cette femme qui lui souriait, là, tout près, dans la rue… Tant de sensations nouvelles l’accablaient que de longues larmes glissèrent sur ses joues. Qu’avait-il fait pour perdre ainsi la raison ?