Sylvius restait bouche bée ; il voyait une tache noire disparaître dans la mer.

« Je joue mon va-tout ! » cria-t-il.

Lui aussi cueillit du soleil dans ses adolescentes mains, dit adieu, (de quel regard !) à Clorinde et plongea, sans plus de commentaires.

Sylvius eut bientôt rejoint Lautonne. Ils descendirent, les bras serrés le long du corps, la tête haute… On eût dit que l’eau les appelait, les accueillait, comme, à lèvres décloses, une bouche appelle, accueille une bouche aimée. Ils descendirent et le voile humide obscurcissait leurs yeux. Bientôt, ce fut l’ombre entière. (Regrets d’arbres, de fleurs et de belles colombes aux bois terrestres roucoulant.)

Ils descendirent.

Maintenant leur âme devient vraiment marine, elle oublie les bocages où les brises causent, elle ne trouble plus Lautonne ni Sylvius d’aucun souvenir. D’ailleurs, Lautonne n’a qu’une pensée : garder le soleil dans le coffret de ses doigts. — Ils vivent bien. Ils n’ont plus besoin de respirer ; leur cœur bat lentement, mais d’un rhythme sûr. Ils ne songent pas qu’ils pourront mourir. Ils ne sentent rien, sauf sur leur visage, la vive, continuelle, douce caresse de la mer qui glisse devant eux, et, dans eux, et, dans la chevelure ondulante et dressée, le passage furtif d’un poisson. Ils descendent.

« J’emporte aussi la lumière ! » se dit Sylvius.

Dans ses oreilles bourdonnantes éclatent déjà de glorieuses cymbales et des trompettes de cortège. — Soudain, une bulle illuminée passe devant ses yeux, et qui monte en tremblant, peu à peu disparue ; une autre, une autre, une autre encore, bulles d’or échappées qui vont sans doute s’ouvrir dans l’air supérieur, là-bas, très haut, sous l’azur plein de joie, de mouvements d’air et de mouvements d’ailes.

Mais d’où viennent donc ces bulles ?

Sylvius le sut bientôt, car il sentit que ses mains étaient vides. — Imprudent ! que ne les tenais-tu mieux fermées ! — Il avait perdu sa lumière ; elle était semée sur la route et Sylvius comprit tout le poids de sa faute. A chaque bulle regagnant l’air, il pouvait voir, un instant, Lautonne extasié de joie, les yeux demi-clos sur un rêve et merveilleusement vêtu d’algues prises au passage de son corps, qui l’habillaient de vert sombre et de corail et desquelles il semblait éclore comme une rousse fleur.