— Comme, disait Lautonne, celui que l’on révère annonça la Nouvelle et, d’une parole inconnue, vint réjouir et sauver le monde…

— Tel, dirent les néréides, tu viens, ô demi-dieu chanteur ! apporter le soleil parmi ta chevelure vénérée.

— Et quel est mon rôle dans tout cela ? » dit Sylvius.

Nul pli de la mer, nul geste, ne lui répondit.

« Maintenant, dit Lautonne à Sylvius, ménageons ma légende. Bientôt on remarquerait mes jambes torses que les algues couvrent avec soin pour l’instant. Dût-on même faire ici-bas de cette difformité une vertu divine, je préfère à un Messie tordu en forme d’olivier par son sacrifice, un Sauveur plus droit et qu’on ne fit qu’entrevoir. Ménageons, vous dis-je, ménageons nos effets ! »

Mais celle qui devait être la reine des néréides, (à en juger par le respect qu’elle inspirait sur son passage, la profusion de bijoux qui paraient son corps, et le diadème de perles posé contre les cheveux de sombre azur et qui grandissait son front blême,) s’approcha de Lautonne par une courbe de salutation.

Elle portait un sceptre à la main droite, une fleur marine à la gauche, sur la gorge une coquille d’un vert de crépuscule finissant et, à la taille, des ciseaux d’or.

Lautonne répondit à l’hommage royal par une noble inclinaison de tête, prit les ciseaux et, les glissant dans son éblouissante toison, coupa toute la chevelure. Comme on porterait une flamme sur un trépied, il la posa entre les mains d’une petite néréide qui le contemplait dévotement.

« Voici la Vérité ! dit-il par une flexion lente de son bras.

« Garde bien ce gage. Je te le donne, parce qu’il y avait de la foi dans tes prunelles. Peuple ! sois heureux ! Je te laisse la Lumière et je rentre dans l’Ombre ! »