— Mes cheveux, dit Lautonne, très chère, tu rêves ! Ils furent toujours ainsi : inégaux, je l’avoue, mais courts. Et d’ailleurs que t’importe ! S’ils furent coupés, ils repousseront. Tais-toi ! »
Clorinde se tut et Sylvius s’en fut embrasser Chrysolet qui chantait une romance en comptant ses petits doigts de pied.
« Nous sommes humides, dit Lautonne, séchons-nous au soleil. »
Ils s’allongèrent sur le pont et Lautonne, la fleur marine aux doigts, murmurait des vers. Il parlait en rêve ou rêvait en paroles, et, de temps en temps, regardait la fleur.
« Cette fleur, dit Sylvius, qu’en ferez-vous ?
— Cette fleur ? je la garde comme une note, un souvenir cueilli dans l’abîme. Mon poème sera beau, grâce à cette fleur. »
Chrysolet s’était approché.
« Oh ! qu’elle est belle ! Prêtez-la-moi, Lautonne, que je joue avec elle, que je la montre, que je la vante, que je la prise ! Oh ! prêtez-la-moi !
— Tiens, dit Lautonne, mais prends-en le plus grand soin. Sa tige est le frêle pivot de mes pensées. »
Chrysolet s’enfuit avec la fleur et Lautonne rappela son rêve. Sylvius regardait Chrysolet. Il bondissait de ci de là, tenant la fleur au coin de sa bouche, puis il la regarda, la retourna, la caressa, la respira, puis, lentement, il se mit à l’effeuiller. Pétale à pétale, la belle fleur de l’onde rejoignit l’onde et Chrysolet chantait de sa petite voix de verre :