Ce fut alors qu’une voix vieille et cassée lui dit :
« Aussi, c’est de votre faute ! Que venez-vous faire ici ? »
Sylvius ne douta pas, dès le premier abord, qu’il se trouvât devant Cerbère, mais son inquiétude ne fit qu’augmenter.
Le fils de Typhon et d’Echidna était plus affreux que dans les pires gravures. Cette laideur-là passait la permission. Sylvius en fut soulevé. Un énorme corps de chien, lépreux et ulcéré, des pattes torses, et ces trois têtes dont les gueules saignaient, ces trois têtes épouvantables, maladroitement emmanchées et dont les trois gueules saignaient une bave rouge !
Il était ainsi.
Sylvius recula jusqu’à la muraille. Il eût voulu s’y enfoncer. Alors, de sa voix éraillée et fausse, (car chaque gueule parlait en un ton différent), Cerbère dit :
« Oh ! ne t’épouvante pas ! Je ne suis plus du tout effrayant ! Ne me lie pas ! tu m’étoufferais ! Ne me joue pas de la lyre ! Je deviens sourd ! Ne me jette même pas un gâteau de miel ! je pourrais à peine le manger ! Caresse-moi si tu veux. Cela me fera plaisir. »
Et Sylvius, les doigts à la bouche, le corps contracté par l’épouvante, hoquetait de dégoût.
« Que viens-tu faire ici ? dit Cerbère, et puis, en somme, cela m’est bien égal ! Va ton chemin ! »
Et l’immonde bête croula dans une mare de bave rouge où elle s’endormit. — Sylvius se glissait le long de la muraille, tâchant d’échapper à ces choses, mais toujours il allait plus avant dans la caverne. La salle se rétrécissait en un couloir faiblement éclairé et plein de vapeurs humides. Parfois, Sylvius s’arrêtait subitement, cherchant dans cette atmosphère lourde quelques gorgées d’un air qui fût pur. Il atteignit enfin une porte violette dont le bois était d’amaranthe. — Il la poussa.