A la lumière des branches dont Sylvius entretenait la flamme, elle lut l’étiquette qui pendait :
« Tête d’Orphée, découverte par Leucosie sur les rives du Scamandre. — A la joue gauche on peut remarquer la trace d’une griffe de bacchante. — Les deux canines de droite ont été remplacées. »
« Je devrai bientôt la faire arranger un peu. Que veux-tu ? A trop continuer, ce sera l’histoire du couteau à Jeannot. »
Et, tenant à bout de bras la lugubre tête par les cheveux :
« Ah ! tu ne chanteras plus ! s’écria-t-elle. L’année dernière tu disais encore « Papa » et « Maman » ; hier, je pouvais percevoir de la mousse à tes lèvres, comme à celles des petits enfants, mais, aujourd’hui, je vois bien que tu as pour toujours reculé dans la mort ! »
Dressée sur ses pattes grêles et battant un peu l’air de ses plumes grises, la sirène était en vérité l’Oiseau de la Désolation ! Elle laissa choir dans l’eau la tête noire. Il y eut un bruit sourd et des phosphorescences.
« Je n’ai plus de force, dit-elle. Adieu, mon garçon. Je vais aller me coucher. Donne-moi mon rouleau de musique. »
Et comme Sylvius lui faisait, un peu interdit, ses compliments de départ, elle dit encore :
« Je suis glacée ! Ma curiosité, en te voyant aborder ici, et qui me fit épier tes paroles, me coûtera gros. J’en ai déjà perdu quelques plumes. Je ne vis plus que par l’immobilité ! Adieu ! je vais rejoindre le figuier qui m’abrite la nuit. Je veux dormir ! Adieu ! »
Elle bégaya ces quelques mots, puis s’éleva dans les airs, mais, vite, d’une volte oblique et d’un coup d’aile, regagna son perchoir.