— Plonge au fond des lacs !
— Remonte les cascades !
— Bois du sang ! »
IV
Il court ! il court ! il court !… si vite que le rouge lui monte aux joues et que ses yeux le brûlent. Son cœur tremble comme un oiseau que des mains captivent. La Mort le chasse donc, qu’il doive courir d’une telle allure ? ou si c’est la Fortune qu’il poursuit ?
Il court, et les passants s’arrêtent pour le regarder courir, ainsi que le font les bonnes vaches au passage d’une voiture automobile.
Il s’arrête enfin, tout ébranlé ; — il lui semble que ses jointures cèdent, que ses membres se disperseront avant peu.
Il se laisse tomber sur un banc… Devant lui, un chien, perché sur trois pattes, compisse un platane, puis il part… sans rien dire ! Sylvius voudrait l’étreindre à cause de ce mutisme…
« Et que m’ont-ils raconté, en somme ? Que m’ont-ils conseillé ? Girafe, hippopotame, sarigue, tous, tant que vous êtes ! grognant, mugissant, hurlant, jappant, gloussant, barissant… et me parlant, hélas ! que m’avez-vous appris ? Quand je demandais le bout de ce fin fil d’or qui mène à la gloire, que m’avez-vous proposé ? A quoi bon voir mieux qu’un autre, si c’est pour ne rien tirer de cette vertu ? J’interroge le rêve et l’entretiens de moi… il me parle de lui ! Bêtes, vous me vantiez les seuls biens qui vous manquaient. De ceux-là, je n’ai que faire. C’est offrir une rose à la lune ! — Aujourd’hui, si je parlais de mes bras à un cul-de-jatte, il entreprendrait un sujet de jambes… ou bien un récit de balivernes, comme le fit ma docte fée d’hier soir dont le discours fut d’une ambiguïté superflue. »
Au vrai, il semblait à Sylvius que la marchande d’amours avait dessillé ses yeux pour lui apprendre que des peintres composaient de magiques peintures, et les lui avait fermés aussitôt, afin qu’il ne pût s’inspirer de cette vision.