Celui dont le pied est sonore agitait sa crinière effarée comme une livide flamme et Sylvius, devant ce spectacle, était brûlé d’une joie féerique. Les divines phalanges de quelque dieu passager faisaient courir en lui des arpèges de béatitude et plaquaient de longs accords voluptueux. — L’air brillait vaguement ; non du regard jaune de la lampe que le souffle des grandes ailes avait éteinte, mais du fait mystérieux d’une lueur, d’une phosphorescence, d’un parfum rayonnant. Dans la pâle nébuleuse émanée du demi-dieu, dans cette brume de clarté, passaient parfois des fulgurations, et, à chaque hochement de la tête olympienne, naissaient, puis mouraient confusément des astres céruléens.

Soudain, la lune, apparue entre deux girouettes, décocha dans la chambre un rayon de saphir.

Alors Lautonne hurla un rire strident, une clameur épanouie, joyeuse, enthousiaste, arracha tous ses vêtements, les dispersa autour de lui, ouvrit la fenêtre, saisit à pleines mains le beau rayon de lune, le froissa, et, tout à coup, le déchira comme une gaze. Un large pan lui en restait aux doigts et qui brillait, telle qu’une merveilleuse étoffe dont la chaîne serait un ruisseau et la trame une nuit bleue. Avec ce voile il drapa sa hideuse nudité, ses jambes tordues, son long torse difforme, puis, d’un brusque effort qui tourmenta ses muscles sous le vêtement de lumière, il enfourcha son neigeux coursier.

« Envole-toi ! » murmura-t-il d’une voix lente et chaude.

Mais il le retint un instant par la crinière et l’on eût dit qu’il réfléchissait. Tout à coup, il cria sur un ton rauque :

« La lune est là qui nous regarde

« De son œil pur ;

« Que ton sabot d’or se hasarde

« Au sombre azur !

« Les planètes et les étoiles