La bouche grande ouverte, Sylvius se renverse sur la céleste croupe. Tout à coup, Lautonne qui serre dans sa main un flot de crinière se retourne vers lui :
« Taisez-vous donc ! comment voulez-vous que je trouve la jeune personne, si vous criez ainsi ? »
Il plonge encore son regard dans un gouffre qui vient de s’ouvrir, et, grinçant d’un petit rire acide, il murmure :
« Ah ! la mâtine ! je la tiens ! Pégase ! pique droit ! »
Le cheval flaira l’abîme, renifla, refusa d’abord, puis, repliant ses ailes et prenant son appui sur un coin de nuage, il tomba dans ce vide obscur comme une gigantesque alouette.
Le temps de pousser un cri, et l’air les portait de nouveau, soutenant les grandes ailes frémissantes, mais la terre était proche. Sylvius essuya ses yeux noyés et reconnut l’endroit. — C’était les lacs du Bois de Boulogne. La lune lui révélait des lieux familiers.
« A droite ! criait Lautonne. Tout droit maintenant ! Non ! plus à gauche ! Elle doit être près de ce bosquet, là-bas, où il y a un globe électrique. Le vent m’apporte son odeur. »
Frôlant de ses sabots la cime des arbres, Pégase voltigeait, et son passage rapide faisait chanter les feuilles. — Il dépassa le lac d’un long coup d’aile, hésita un instant, puis, suivant l’ordre de son maître, vola vers la Muette.
« Halte ! » cria Lautonne.