Le cheval chercha un passage, et, plongeant tout à coup dans les ramures, léger, il atterrit. Aussitôt les deux cavaliers glissèrent le long des flancs humides, et Sylvius fut quelque temps avant de retrouver son équilibre naturel.

Déjà Lautonne bouchonnait Pégase.

« Va paître près d’ici ! dit-il, je te sifflerai dans une heure ; il y a de l’eau fraîche au bout du sentier. »

Puis il entraîna Sylvius en se hâtant d’un pas inégal, les cheveux en désordre, le nez au vent.

« Par ici ! je la flaire ! marchez doucement. »

Le sous-bois était baigné dans une ombre frêle où la tunique du poète rayonnait. Elle traînait à terre, et, parfois, au passage d’une herbe rude, il s’en détachait des lucioles.

Sylvius eût voulu ralentir sa marche, la douceur de l’air le charmait et il se fût volontiers attardé à jouir de ce mystère humide et pénétrant qui hante un bois nocturne, lorsqu’une eau sommeille ou jase alentour.

Et voici qu’un jour blafard brille à cet endroit tout proche où le chemin qu’ils suivent fait un coude. On eût dit d’une petite aube artificielle et blanche. Lautonne étouffa un rire :

« Elle va être bien étonnée. »

Ils se trouvèrent devant un bouleau assez majestueux et que l’éclat d’une lampe à arc, suspendue non loin, ornait de sa lumière dure. Cela sentait, dans un lieu vaguement concerté en vue d’effets mélancoliques, l’éclairage d’une gare provinciale. Sur les branches basses, festonnées d’un lierre indigent, des loques de velours noir pendillaient. Elles remuaient parfois, révélant une compagnie de chauves-souris.