Lautonne se retourna vers Sylvius.

« Enfin nous y voici. Pardon de vous avoir fait courir, mais je craignais qu’elle ne vous échappât.

— Qui poursuivez-vous donc ?

— Etes-vous bête ! Je poursuis Clorinde, ma muse ! Vous ne la voyez pas ? Sa cachette n’aurait pas trompé un enfant ! »

Et il montra le feuillage supérieur du bouleau où Sylvius aperçut, en effet, lorsqu’il se fut approché, la forme accroupie d’une femme vêtue d’un maillot vert.

Lautonne la menaça du doigt.

« Clorinde ! je te vois ! tu es prise, coquine ! »

Un rire limpide répondit avec ces mots :

« Oh ! pas encore ! Viens donc me toucher ! Ce soir tu mordras la poussière ! »

Alors Lautonne injuria la muse ; elle répliqua, et ce fut une cascade d’imprécations. — Monstrueux, burlesque et grave cependant le poète recula de quelques pas. — Lentement il défit le rayon de lune qui l’enveloppait. Les arbres murmurèrent de surprise, à l’aspect de cette hideur nue, et un oiseau s’enfuit en criant. Lautonne fixa un bout du rayon sous son pied, et, soudain, d’un brusque mouvement, jeta le reste vers la branche où Clorinde était assise.