Voilà qui rappelait Sylvius à de pénibles pensées. De nouveau il brûlait de parler à Lautonne des aventures qu’ils avaient eues ensemble, mais pouvait-on avouer une fantasmagorie ? Ceux qui ont vu le visage des dieux doivent-ils rompre le secret de leur extase ? Pourtant, il avait de telles démangeaisons d’être indiscret qu’il ne put se tenir coi.

« Vous souvenez-vous bien de votre soirée d’hier ? »

Il attendait un sourire de complicité, — quelque signe qui reconnût son allusion. Sur la figure de Lautonne il n’y eut qu’une grimace perplexe. Il se tut, semblant rêver…

« Ah ! oui ! s’écria-t-il, la mémoire me revient ! Rentré chez moi, réveillé quelque peu de mon ivresse et ne vous trouvant plus là, j’eus une idée de poème que j’ébauchai tout aussitôt, en vers libres, à l’honneur et l’usage de mon amie. Achevé, il vous sera soumis afin que vous m’en donniez votre sentiment. Le titre : Clorinde vaincue, sans plus ! »

A cet instant, la porte s’ouvrit et ce fut Clorinde.

Quoi qu’il en eût, Sylvius ne pouvait reconnaître en cette petite femme, à peine jolie dans la lumière du jour, toute simple et qu’on aurait dite vouée à des travaux d’aiguille, la merveilleuse muse de la veille, si nue sous ses cheveux noirs. Pour reprendre l’apparence qu’elle avait à la Taverne d’or quand elle embrassait Lautonne, au grand dégoût de Sylvius, il ne lui manquait en vérité qu’un chapeau à plumes en place de la modeste coiffure dont elle accentuait l’ombre de ses cheveux, et quelques touches de fard.

Elle s’arrêta au seuil de la chambre.

« Je suis de trop ! Vous devez causer de choses que je ne comprendrai pas !

— Viens donc, dit Lautonne et ne fais pas la bête ! »

Clorinde s’avança de quelques pas. L’expression craintive qu’elle avait aux lèvres fit brusquement place à un air de fureur. Elle regarda Sylvius :