Sylvius prêta l’oreille aux bruits de la ville endormie pour les dénigrer et les haïr. — Il y en avait beaucoup, c’était très compliqué : un fracas de charrettes, une cheminée en querelle avec le vent, des murmures, des pas de passants, mille autres choses…

Seuls, quelques sons indistincts lui plurent par certain air de chanson gracieuse et défaillante. On eût dit le cri d’un marchand ambulant : deux notes hautes d’abord, puis deux notes basses, et le reste en notes hautes avec une fin tout à fait pointue.

Et le jeune homme vit, en se penchant vers la rue, la forme grise d’une vieille femme qui se hâtait. Elle portait sur l’épaule un long bâton au-dessus duquel flottaient des choses rondes et colorées, assez semblables aux ballons que des vendeurs retiennent dans les allées d’un parc à la mode.

Deux noctambules dépassèrent la vieille et ne parurent point l’avoir vue…

Sylvius soupira, songeant aux vagues murmures du feuillage, aux entretiens des rossignols, aux corolles des roses. La ville lui parut un lieu morne et lui-même se sentit désolé, plus désolé encore, parce qu’il était trop seul. Il eût désiré la caresse d’une chevelure, des gestes voluptueux, un nuage qui passe, le sourire du soleil, des paroles apaisantes, un champ de blé où les coquelicots mettent des points de sang clair, un baiser surtout, ce baiser qui fait toucher à la gloire, ne fût-ce qu’un instant… Pourtant n’était-ce point à Paris que se distribuent les étreintes et les couronnes ?

Et, comme si cette incertaine nuit, elle-même, avait parlé, une voix ancienne, fine et tremblante, dit à Sylvius :

« Jeune homme, qu’avez-vous ? Quelle tristesse vous navre et que cherchez-vous dans le ciel ? Phœbé et son croissant qui penche, ou la figure de vos songes ? »

II

La femme aux ballons !

Sylvius tressaillit. Une interrogation faite de plain pied indispose d’ordinaire.