La gloire, tout cela !

Sylvius quitte la fenêtre et va dîner. Il ne veut pas prêter trop d’attention aux sauces, au vin, aux fruits… Il rêve ailleurs… Très haut.

Ici, dans l’appartement de garçon qu’il meubla avec tant de soin, c’est la vie médiocre et facile, indulgente, paresseuse, douce à l’homme… Là-bas, c’est l’action, la fièvre, les soucis… mais, lorsqu’on passe dans la rue, les gens se retournent.

Le choix de Sylvius est fait. Il veut le laurier… Et Sylvius retourne à la fenêtre ouverte d’où l’on voit le monde.

La nuit est acide et mordante. La rue tranchée de lumières et d’ombres, blafarde ou noire, froide, trop droite, va jusqu’à ce lointain où elle se mélange à des brumes. Sylvius soupire. Un bec de gaz le considère, ironique, avec son œil de cyclope clignant sous un sombre chapeau.

En vérité, le paysage n’a rien qui séduise : des échafaudages autour d’une maison à moitié construite, des palissades, des plâtras, une brume de fumée… Et Sylvius, un peu transi, songe à la prairie en pente qui mène à la rivière.

« Peut-être, à cette heure même, les deux chênes bruissent-ils divinement à feuillage mêlé. »

Persane pose un doigt sur sa tempe et ses lèvres ébauchent des paroles :

« Sous ce toit innombrable, tu venais t’allonger, petit Sylvius, à l’époque heureuse des mollets nus et des boucles blondes. Tu te choisissais une place où tes pieds fussent bien enfouis parmi les herbes chaudes et ta tête reposée dans de l’ombre. Tu perdais ton regard suivant le réseau des moindres branches et te prenais à rêver, sans dormir, parce que l’on rêve plus longtemps ainsi et que l’on goûte mieux ses imaginations. »

Qu’elle était belle cette grande masse de feuillage poreux ! Quand il la regardait jadis, l’esprit à la dérive, son rêve, à force d’être rêvé, prenait corps, et, bientôt, dans le monde supérieur de la verdure, des femmes paraissaient, nues et charmantes, qui lui souriaient entre les feuilles et lui chantaient parfois sa gloire future.