Il fait dans la chambre une chaleur d’étuve. Sylvius sent sa tête peser. Les souvenirs sont toujours malsains. Il ouvre la fenêtre et s’assied sur le bord. De ce rez-de-chaussée qu’il habite, on a une perspective de promeneur.

Des voitures passent, emportant de jolies personnes, plus jolies d’avoir passé si vite. Une victoria vernie s’arrête devant la maison d’en face. Deux femmes en descendent, minces, bien habillées : deux gravures de modes. Des gens se retournent et regardent. — Les beaux manteaux ! et ces chapeaux à fleurs sombres !

« Mâtin ! » dit une bourgeoise admirative.

Et le défilé continue :


Voici un général. Son cheval piaffe comme dans les tableaux de revue.

Voici un vieillard à lunettes que Sylvius a entendu professer au Collège de France. C’est un sage et un orateur.

Ah ! cette figure joyeuse et rasée qu’on dirait aplatie par un coup de poing ! Sylvius a reconnu l’acteur en renom. Il l’a si souvent applaudi !

Vraiment, c’est comme si des symboles se promenaient.

Et cet autre ! Il est anonyme, mais il représente tant de choses ! Il regagne son quartier en traversant des rues ennemies. La casquette basse, la démarche balancée, le pantalon étroit, un certain air malpropre et suffisant… On l’a vu, sur les boulevards extérieurs, surveiller les amours d’une fille blonde qui l’adore.