« Il va nous parler enfin ! »
Mais l’homme balbutie difficilement quelques paroles…
De toutes leurs voix unies, les éléments répondent… Alors, l’homme prend peur, se cache, se gare la figure avec son bras.
Et, cependant, quelle admirable affection il méconnaît ainsi ! Il méconnaît le geste paternel des chênes et les frémissements familiers des choses vagues de l’air ; il méconnaît la constance des rochers qui le fixent et l’amitié des étangs qui lui sourient… il méconnaît tout, et préfère la fille qui lui cligne de l’œil, accotée à un réverbère. — Songe-t-il jamais que la première nuée de l’aurore est mieux fardée qu’une prostituée, a plus de séduction, et n’est point vénale ?
Non, l’homme ne veut sourire qu’aux êtres de son plan et, devant ses frères éternels, il bâille.
Il bâille, vous dis-je.
Regardez ! Le voici :
Notre homme (moi, si vous voulez, ou bien vous-même) a posé sa chaise sur un rocher et s’est posé sur elle, il a croisé ses jambes et, sur son genou, a fermé ses mains irréprochables. Il regarde. Il est seul devant tout ce bleu, devant tout ce vert et devant toute la pourpre du soleil couchant.
Eh bien ! je ne veux pas insister, faire preuve de malveillance, abuser du contraste, je ne voudrais pas médire d’un de mes semblables… je tiens seulement à indiquer, par quelques touches, les deux personnages qui tiennent la scène.
D’un côté, la mer, aérée, striée de houle, gémissante et joyeuse, plaintive dans les crevasses du roc et riant par ses écumes, baisée par le vol des mouettes, ombrée par celui des voiles, frôlée par les brises et les beaux rayons du jour, chaude, étincelante, parée, traînant sur la plage le bas de sa robe salie et le tirant à elle d’un geste mystérieux, la mer enfin, ironique, vertigineuse, — d’un côté la mer…