Et de l’autre Monsieur X… qui bâille et croit rêver.
LA DAME QUI N’AIME PAS PAUL ADAM
Le plus souvent on discourait (confusément) sur l’immortalité de l’âme.
Ce soir-là, nous parlâmes de Paul Adam.
J’aime ces heures silencieuses où l’on poétise une fin de digestion par des arguments métaphysiques. En écartant le rideau de la fenêtre, on voit des flots que la lune ourle d’argent, quelques pins tordus et un ciel clouté d’étoiles, un ciel bleu plus que de raison, bleu d’un bleu profond, mais prétentieux et agressif. — Il est bon d’avoir, à portée du regard et de la main, un paysage d’une si belle tenue, car l’admirer simplement, sans emphase ni froideur donne une contenance durant ces instants où nous ne trouvons rien de bien neuf à dire sur la septième Ennéade de Plotin. On parvient alors, sans peine, à rompre les chiens et faire dériver la conversation vers une matière que l’on possède à fond et des idées que l’on sait exprimer en leur beau.
Mais cela n’est qu’une digression ; je voulais vous dire comment nous en vînmes à parler de Paul Adam.
Ce fut ainsi : la muse de la demeure où j’écris est une vieille dame à cheveux blancs et qui, au mépris des plus sages conseils de son docteur, goûte fort les longues veillées. Elle nous donne, dès le jour fini, son avis sur toutes choses, d’une voix dont le timbre est resté pur et les inflexions délicates. Elle rappelle, par la grâce courtoise de son langage, cette illustre Madeleine de Scudéry dont tant d’honnêtes gens se montrèrent amoureux et qui composait de longs romans où ses contemporains se reconnurent.
Piquée de cette comparaison que nous fîmes, un jour, en sa présence, notre muse désira lire une des œuvres de son modèle. — Le lendemain, je lui apportai Artamène ou le grand Cyrus (10 vol. in-8o). — Ainsi que je m’y attendais, ces dictionnaires lui déplurent, et, de ce fait, elle me fit, une heure durant, mille reproches.
Comme je m’humiliais et lui baisais les mains, elle s’écria :
« Enfin ! je vous pardonne, mais c’est pour vous gronder encore. Eh ! quoi ! ces livres que vous paraissez estimer, ces romans historiques de Paul Adam, sont, d’après ce que vous m’en dites, conçus dans le même esprit que ces pauvretés. »