Vent qui rage !
Les défunts ?
Ça voyage !
Sensibleries de même ordre que de vouloir cacher des amours. Les amours célèbres doivent être exposées, les baisers surpris et les alcôves ouvertes. — Rien ne pique si fort la curiosité que deux bouches illustres qui se joignent.
Ah ! pour Dieu ! une fois qu’ils ont vécu leur premier rôle jusqu’au bout, permettez aux grands de la terre de dormir comme des mendiants ! et ne les troublez plus ! — C’est une vile chose que cette curiosité qui pousse à troubler les morts, à prostituer leurs rêves, à répandre leurs fautes littéraires, leurs défaillances et leurs plaisanteries. — Si vous faites d’un homme un dieu, gardez-lui sa stature de dieu et, aussitôt le monument mis en place et doré, ne découvrez pas la faiblesse du modèle ! ne dites pas :
« Celui que vous voyez, en marbre, et si fier, sur cette place, fit à vingt ans un mauvais sonnet. Peuple ! écoute-le ! »
C’est la plus basse des trahisons.
Que l’on donne les variantes d’un chef-d’œuvre littéraire, voilà qui peut être d’un bon enseignement, car le livre fut parfait par l’auteur ; que l’on expose les esquisses d’un beau tableau, cela peut être excellent, car elles ont porté déjà leur fruit qui est, précisément, le tableau, et il est bon de voir la fleur qui se transforma en un fruit si précieux ; que l’on publie, à la rigueur, les papiers d’un poète inégal et curieux, d’un prosateur au talent intermittent, ces nouveaux fragments pourront n’être pas plus mauvais que ses moins bonnes productions… mais qu’on laisse dormir les morts !
Un jour, quelque bibliophile, collectionneur, monomane ou gazetier sans pudeur se verra brusquement châtié à la façon que prévoit Laforgue, et le romancier, l’artiste, le poète, trop insulté dans sa tombe, repoussant la pierre blanche, viendra d’une main furieuse
Le tirer par les pieds,