Ému de compassion, Espérance trouva le mensonge pour sauver l'honneur de sa maîtresse.
—Voici la vérité, madame, dit-il enfin d'une voix doucement harmonieuse. Je passais à Rouen il y a six jours. J'y ai vu mademoiselle dont je suis tombé éperdument épris sans qu'elle m'eût seulement aperçu. C'était jour de fête. Mademoiselle regardait à l'étalage d'un juif les diamants que voici. L'idée m'est venue de les acheter, puisqu'ils avaient mérité son attention.
—Je vous trouve hardi d'acheter des diamants à ma fille.
—Permettez, madame, ce n'est pas un crime que d'éprouver de l'amour, c'en serait un alors d'en inspirer. Moi, qui ne voulais pas offenser ou compromettre mademoiselle, je l'ai suivie de loin, oh! respectueusement, jusques ici.
—Pourquoi faire? dit Marie Touchet avec sa hauteur de reine.
—Pour savoir son nom et sa qualité, que je ne me fusse pas permis de demander à ses gens; pour trouver une occasion favorable de lui faire tenir ces diamants qui ne sont pas un présent, mais un gage mystérieux des sentiments que je voulais un jour lui faire connaître. C'est permis, madame, d'essayer à plaire quand on est respectueux, quand on cherche à ne pas compromettre une femme; depuis hier, j'ai étudié les êtres et les habitudes de ce château, et ce soir, croyant mademoiselle sortie du pavillon pour souper avec vous, je me suis risqué—c'est un grand tort de ma part—à pénétrer chez elle pour déposer les diamants sur sa table, cela l'eût fait rêver: cette pensée me souriait d'occuper son esprit, sinon son coeur. Or, mademoiselle que je croyais absente, est rentrée tout à coup, m'a vu, a poussé un cri; j'ai voulu la rassurer, lui expliquer la pureté de mes intentions, et j'étais occupé à combattre ses scrupules, lorsque votre voix, madame, a retenti au bas de l'escalier. Voilà toute la vérité. Je vous supplie de me pardonner, et surtout de ne pas accuser mademoiselle, qui n'est pas coupable et qui souffre en ce moment d'injustes soupçons. Seul je mérite vos reproches et m'incline très-humblement devant votre colère.
A mesure qu'il parlait, la couleur et la vie revenaient sur les joues d'Henriette; elle admirait cette présence d'esprit qui la sauvait. Le rôle devenait si beau pour elle qu'elle s'y cramponna, qu'elle l'adopta, qu'elle prit le masque pour le visage.
—Oui, s'écria-t-elle, oui, voilà la vérité.
Marie Touchet, elle, ne se laissa pas abuser. Sa colère augmenta lorsqu'elle vit l'adresse de la défense.
—Et c'est là, dit-elle, l'excuse qu'on ose invoquer pour s'être introduit chez ma fille par une fenêtre!