—Si cela vous amuse de faire un peu de bruit et de me brûler quelques poils de moustache, faites, mon cher comte, dit froidement Crillon, sans chercher à détourner l'arme, vos pistolets renferment de la poudre, peut-être, mais ils n'ont plus de balles certainement.

—C'est impossible, s'écria Brissac confondu.

—Alors tirez vite pour vous en convaincre, et quand vous serez bien convaincu, nous nous entendrons mieux. Tirez donc, et tâchez de ne pas me crever un oeil avec la bourre.

Brissac, après avoir vainement cherché le regard embarrassé d'Arnaud qui détournait la tête, laissa tomber sa main avec une morne stupéfaction. On lui avait joué le tour qu'il avait joué à l'Espagnol.

—Je comprends, murmura-t-il, Arnaud s'était vendu à vous!

—Vendu, non pas, répliqua Crillon, nous n'avons pas d'argent pour acheter: il s'est donné. Mais que cherchez-vous donc autour de vous avec cet oeil émerillonné? Vous ne songez pas à vous tirer de mes mains, n'est-ce pas?

—Si fait bien, j'y songe, et c'est vous, chevalier de Crillon, qui vous êtes livré à moi sans vous en douter. En voulant prendre le maître, j'aurai pris aussi le serviteur; c'est un beau coup de filet.

—Je ne comprends pas trop, dit Crillon.

—Tout à l'heure, douze hommes que j'ai postés sur la route que doit suivre le roi prendront le roi, et vous avec. Ainsi, faites-moi bonne composition en ce moment, je vous rendrai la pareille dans un quart d'heure.

Crillon se mit a rire, et ce rire bruyant troubla quelque peu la confiance de Brissac.