—Je ferai mon possible, Brissac, pour arriver bien entier dans cette chère ville de Paris.
—Je vais faire préparer votre chambre au Louvre, sire.
—Et moi, je vais faire dorer votre bâton de maréchal.
Brissac, éperdu de joie, voulut parler. Le roi lui ferma doucement la bouche avec sa main, et lui dit à l'oreille:
—Pardonnez à Arnaud, qui est un honnête homme, je le sais mieux que personne, et gardez-le près de vous; il nous servira d'intermédiaire chaque fois que vous voudrez communiquer avec moi, ce qui, à partir d'aujourd'hui, va se répéter fréquemment. Allons, il faut se séparer; soyez prudent. N'ayez pas d'inquiétude pour votre ami Mayenne. Je ne le hais pas. Je ne hais pas même Mme de Montpensier, ma plus mortelle ennemie. Je ne hais personne que l'Espagnol. Mayenne aura bon quartier, et tout ce qu'il voudra, s'il le demande. Ménagez-vous, et aimez-moi.
—Oh! comme vous le méritez, de toute mon âme!
—Prenez ce chemin au bout duquel je m'étais posté; il mène à Colombes, vous pouvez par là, sans être vu, rentrer à Paris une demi-heure avant l'Espagnol si le coup de taille de Crillon lui permet d'aller jusqu'à Paris. Il frappe si fort ce Crillon!
—Adieu, sire!
—Adieu, maréchal!
Brissac alla serrer les deux mains de Crillon, qui lui rendit cordialement son étreinte. Arnaud, indécis, restait derrière le roi; Henri lui fit un petit signe amical en désignant Brissac. Aussitôt le jeune homme alla tenir l'étrier au comte, et partit derrière lui silencieux et calme, comme si, depuis une demi-heure, il ne se fût rien accompli de cet événement qui devait changer la face de l'Europe.