Le pauvre enfant fermait les yeux; une mortelle pâleur couvrait son visage, ses belles mains incolores et glacées retombaient avec cette grâce touchante que l'oiseau seul, de toutes les créatures terrestres conserve jusque dans le sein de la mort.
Sous son pourpoint ouvert, on voyait, entassés à la hâte, le mouchoir et les lambeaux de la chemise d'Espérance, que Pontis avait serrés sur la plaie avec sa ceinture.
Crillon, à la vue de ce linge teint de sang, de cette immobilité du corps, à la vue du désespoir de Pontis, commença lui-même à perdre l'esprit, et s'agenouilla près du blessé en donnant toutes les marques d'un profond découragement.
Tout à coup il se releva en s'écriant:
—Malheureux! tu me l'as laissé tuer!
—Eh! monsieur, c'était fait quand je suis arrivé. Cependant j'avais été bien vite. Mais il ne s'agit pas de m'accuser, monsieur; il n'est pas mort. J'ai bonne idée, malgré tout, et si nous ne le laissons pas sans secours, si nous lui trouvons un bon médecin, il en sortira sain et sauf. Or, ce n'est pas sur le chemin que nous rencontrerons ce médecin et ces secours.
—Je ne connais point ce pays, dit Crillon avec un froncement de sourcils dont Pontis se fût fort effrayé en un autre moment.
—La première maison venue, dit Pontis.
—Il n'y a pas de maisons avant Bezons ou Argenteuil, et cette blessure par laquelle tant de sang a coulé, et cette secousse du voyage … car je ne te comprends pas, maudit, d'avoir amené si loin ce pauvre enfant!
—J'eusse mieux aimé le mettre en sûreté plus tôt, mais quand on est poursuivi….